Né en 1738, Cesare Beccaria est un intellectuel italien rattaché au courant des « Lumières ». Il est à l’origine du droit pénal moderne, développant des thèses qui, aujourd’hui encore, ont des airs de modernité révolutionnaire.
D’abord, Beccaria examine l’origine du droit de punir qu’il fait découler de la nécessité du vivre ensemble (et non d’un principe moral supérieur) : « c’est la nécessité seule qui a contraint les hommes à céder une partie de leur liberté ». De ce fait, la punition se doit d’être mesurée puisque le peuple n’a pas donné mandat pour qu’on le malmène. De plus, Beccaria perçoit parfaitement un fait qui échappe souvent, aujourd’hui, à l’opinion publique : la dureté des peines fait hausser le niveau général de violence.
Sur la peine de mort, « L’expérience de tous les siècles prouve que la peine de mort n’a jamais arrêté les scélérats déterminés à nuire. » Et surtout, l’argument suivant qui a cent ans d’avance : que se dit l’assassin ou le voleur ? Que les lois ont été faites par les riches et les puissants. Donc « Attaquons l’injustice dans sa source ». D’où une évidence : la peine ne peut être juste que dans une société qui le serait aussi.
Critiquant l’usage abusif de la prison, Beccaria écrit : « Nous sommes encore dominés par les préjugés barbares que nous ont légués nos ancêtres, les barbares chasseurs du Nord. »
S’il pouvait nous voir aujourd’hui, nous serions encore à ses yeux, dans nos sociétés actuelles, au XXIe siècle, en Europe, des barbares chasseurs du Nord...
A propos de la torture, ceci : « Cet infâme moyen de découvrir la vérité est un monument de la barbare législation de nos pères, qui honoraient du nom de jugements de Dieu, les épreuves du feu, celles de l’eau bouillante, et le sort incertain des combats. Ils s’imaginaient, dans un orgueil stupide, que Dieu, sans cesse occupé des querelles humaines, interrompait à chaque instant le cours éternel de la nature, pour juger des procès absurdes ou frivoles. »
Sur ce point-là tout de même, nos sociétés actuelles ont fait des progrès. Je ne parle pas de Guantanamo bien sûr...
Bref, avec sa langue fleurie du XVIIIe et ses idées plus modernes que la plupart des nôtres, Beccaria est un vrai plaisir de lecture. Pour ceux qui veulent savoir ce qu’il dit aussi de « l’obscurité des lois », des témoins, des accusation secrètes, des serments (inutiles...), de la prescription, des grâces, de l’égalité des citoyens devant la justice, du vol (chapitre qui lui permet de se poser une question sur le droit de propriété « qui n’est peut-être pas nécessaire »), de « certains délits difficiles à constater », etc.
Sur ce dernier sujet, un mot tout de même. Il range dans cette catégorie l’adultère, la pédérastie, l’infanticide et à chaque fois son approche est étonnante.
Pour lutter contre l’adultère, Beccaria préconise le mariage libre, c’est-à-dire non contraint par les parents ou les convenances. Il note aussi que le risque de punition peut être un aiguillon supplémentaire.
A propos de la pédérastie, tant punie et « contre laquelle on emploie si facilement ces tortures atroces qui triomphent de l’innocence même », Beccaria semble désigner comme coupable l’éducation qui sépare les sexes.
Quant à l’infanticide, c’est « le résultat presque inévitable » de celles qui ont cédé par faiblesse ou qui ont subi des violences. Beccaria soutient que la meilleure chose à faire serait de protéger par des lois ces femmes malheureuses (les filles-mères) qui sont injustement mises au ban de la société.
Bolcho - Bruxelles - 76 ans - 18 janvier 2012 |