Ici pépie le coeur de l'oiseau-mouche
de Nicolas Dieterlé

critiqué par Sahkti, le 1 septembre 2008
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Dis-moi la fragilité
Né en 1963, Nicolas Dieterlé a refusé de publier ses textes de son vivant. De la même manière, il n'a jamais voulu montrer à quiconque son travail pictural et c'est aujourd'hui plus de 500 dessins et autres croquis qui nous sont laissés en héritage.

Les textes publiés par Arfuyen dans ce recuil ont été rédigés pendant les deux dernières années de la vie de Nicolas Dieterlé, ayant fait le choix de quitter ce monde à l'automne 2000.
Le titre, beau et étrange, fait référence à une phrase née au cours d'une balade en forêt, comme l'explique l'éditeur en introduction.

"Alors que nous marchions dans une forêt de hauts arbres entre lesquels ruisselait la lumière du soleil, comme une féerie, a surgi en moi cette phrase : "Ici pépie le coeur de l'oiseau-mouche" (Nicolas Dieterlé)."

"Ici pépie le coeur de l'oiseau-mouche", autant de mots pour dire la légèreté, la fragilité aussi et, touché par la maladie, l'auteur aura fait le difficile apprentissage du fil aussi ténu qu'une toile d'araignée pour nous relier à la vie. Alors de vie, fatalement, il en est beaucoup question dans toutes les lignes du livre. La vie et ses vérités, la vie et ses espoirs, la vie et son début... sa fin... la vie et tout le reste. Avec un regard posé sur le processus d'écriture poétique, sur le rapport aux mots et l'exutoire qu'ils proposent.
De rêve en observation, de questionnement en affirmation, Nicolas Dieterlé s'interroge, tout comme le lecteur, sur la connaissance essentielle, manifestant le besoin de savoir et tant pis si la vérité dérange.
L'auteur connaît la beauté du monde, il la réconte avec un certain émerveillement; il capte les fragments esthétique qui le composent grâce à une magie poétique dont il semble détenir le secret.
J'ai particulièrement apprécié sa relation avec ce monde qu'il aime et qu'il explore, cet hommage permanent qu'il rend à tout ce qui l'entoure, conscient des dangers que cela suppose et surtout des plaisirs de la découverte.


Un extrait:
"Si seulement je pouvais habiter les mots, comme une abeille loger dans leurs étroites cellules, au lieu d'être exclu de leur intimité à cause d'une faute obscure, commise avant les temps. Si seulement je pouvais habiter un seul mot." (page 106)


Une esquisse biographique (texte de l'éditeur):
"Nicolas Dieterlé est né le 28 août 1963, d'une famille de missionnaires et de pasteurs protestants. Son enfance se passe au Ghana, puis au Cameroun dans un hôpital de brousse de l'Eglise protestante où son père est chirurgien. Le retour en France, en 1973, est une rupture douloureuse avec l'Afrique, inséparablement liée pour lui avec le monde de l'enfance. Après des études secondaires à Grenoble, il entreprend des études à l'Ecole du Louvre puis Sciences po.
Objecteur de conscience de 1987 à 1989, il commence ensuite une vie professionnelle difficile de journaliste free lance. En 1994-95 il est rédacteur en chef adjoint de Valeurs Vertes, spécialisé sur l'environnement, collabore à Témoignage Chrétien puis, dans les derniers mois de sa vie, à Actualité des Religions.
En mars 2000, il s'installe dans le Var et travaille à une biographie de Novalis. Rongé par la maladie, il choisit de se donner la mort le 25 septembre 2000."


NB:Une association Nicolas Dieterlé a vu le jour, on peut la trouver sous ce lien:
http://lapierreetloiseau.blogspirit.com/