On a beaucoup hésité avant de rouvrir un bouquin de Joseph Boyden.
Après le si remarquable Chemin des âmes, on voulait rester sur une bonne impression : J. Boyden était-il capable de nous emporter à nouveau chez les indiens ?
Frileusement, on a décidé de recommencer avec un recueil de nouvelles : Là-haut, vers le nord.
Forcément avec des nouvelles, dans le lot, il y en aurait bien quelques unes de bonnes ?
Oui, effectivement, pari gagné. À peu près douze excellentes nouvelles.
Sur une douzaine au total, ah ah.
Définitivement, Joseph Boyden est un auteur à ranger sur l'étagère des grands conteurs d'histoire(s).
Voici donc quelques tranches de vie, comme on dit, de ces gens qui vivent là-haut, vers le nord.
On y parle de catch, de jeûne et bien sûr de bingo.
Des existences parfois misérables, parfois emplies de poésie, parfois violentes, qui sont celles d'un peuple perdu sur ses propres terres.
Mais l'écriture de Boyden est pleine d'empathie et d'humanité, et ne verse jamais dans le misérabilisme facile.
On referme le bouquin en ayant eu l'impression de passer quelques belles soirées chez ces gens-là, des gens qui "valent" plus qu'il ne semble, des gens que l'on voudrait ne plus quitter.
Rappelons-nous ce que l'on disait précédemment du Chemin des âmes :
On se sent étonnamment bien aux côtés de la vieille sorcière cree au fond du canoë. Et l'on voudrait que le voyage de retour dure encore.
Ah bien sûr, on se doute bien que la vie n'est pas toujours facile là-haut, vers le nord !
On apprend des choses terribles sur (au hasard !) les pensionnats religieux qui, comme en Australie ou ailleurs, servaient la purification ethno-culturelle et l'expansion de la colonisation blanche.
On apprécie également à leur juste valeur les bienfaits de cette civilisation blanche !
Certaines histoires se terminent peut-être sur un ton un peu trop didactique comme cette Légende de la fille sucre qui conte, et de manière forte, les ravages terribles de l'alimentation à haute teneur en glucose apportée par les blancs.
D'autres histoires sont tout simplement exemplaires avec le ton juste, comme cette histoire d’Abitibi canyon où l’on voit des mères anishnabe (les indiens algonquins) se mobiliser avec leurs enfants contre un barrage qui va inonder leur vallée.
Bref, le détour avec Joseph Boyden par la Baie James et Moose Factory vaut le voyage.
BMR & MAM - Paris - 65 ans - 11 août 2013 |