Le chevalier d'Éon, tome 1
de Tō Ubukata (Scénario), Kiriko Yumeji (Dessin)

critiqué par Numanuma, le 18 mai 2008
(Tours - 51 ans)


La note:  étoiles
Le mystère des Psalms
Comme tout le monde, il m’arrive d’avoir des moments de loque-attitude devant ma télé. Ce jour-là, alors que la bave me coulait de la commissure des lèvres, avachi comme une outre sur mon canapé (j’en rajoute un peu !), mon choix s’est arrêté sur la chaine Game One. Ou No Life. Cela n’a guère d’importance. J’ai regardé le magazine consacré à l’actualité des mangas en France et j’ai été intrigué par cette adaptation japonisante des aventures du chevalier d’Eon, espion du Roi.
C'est en 1728 que naquit à Tonnerre, dans une vieille famille de notables locaux, Charles Geneviève Louis d'Eon de Beaumont. La confusion des prénoms était prémonitoire d'une vie marquée tout entière par l'ambiguïté.
Ses débuts furent des plus classiques : doctorat en droit et travaux d'histoire financière. Mais ses talents et sa bonne mine le firent bientôt remarquer du Roi Louis XV qui l'embrigade dans ses services de diplomatie parallèle (le "Secret du Roi") sous la conduite du Comte de Broglie; afin d'approcher la Tsarine Elisabeth de Russie, d'Eon se métamorphose en Melle Lia de Beaumont. Les succès diplomatiques qu'il rencontre en Russie lui valent un brevet de capitaine de Dragon et la gloire sur les champs de bataille. Le diplomate reprend du service en Angleterre où le vin de Tonnerre qu'il fait couler à flot, l'aide à remporter de nouveaux succès; mais sa brouille avec l'ambassadeur de France Guerchy et la mort de Louis XV le mettent en difficulté. Afin d'éviter la Bastille, il opte définitivement pour le sexe féminin.
Voila pour la partie historique.
Le manga reprend une partie de la trame. D’Eon est affecté à un régiment de police où il se fait remarquer par une apparente inefficacité mais il appartient au Secret du Roi et il n’est pas encore capitaine de Dragons.
Lia de Beaumont était le déguisement du chevalier, ici c’est plus complexe.
La police de Paris cherche à mettre fin à des séries de crimes abominables commis par des poètes. C’est poètes écrivent des psaumes avec le sang de vierges car il offre l’inspiration. Ce faisant, les poètes se transforment peu à peu en gargouilles. C’est là qu’intervient Lia de Beaumont, autrement appelée chevalier Sphinx. Elle n’est pas juste la doublure de Charles de Beaumont, c’est sa sœur assassinée par un poète et elle prend possession du corps de son frère le temps de traquer les poètes. Elle devient ainsi une âme vengeresse bardée de pouvoirs.
C’est là que le manga reprend ses droits. Bastons, appels à des divinités de tout poil, mysticisme, supers pouvoirs, monstres de plus en plus puissants et même un peu d’humour décalé… Graphiquement, c’est un régal ! Le trait est sombre et majestueux. Imaginez Lady Oscar dans un film gothique, vous y êtes.
L’histoire est difficile à résumer sans lui faire perdre de son mystère. Le Paris de l’époque est véritablement sombre et dangereux. Les personnages le sont tout autant, jusqu’au Roi lui-même qui ne ressemble pas du tout à son modèle.
Tous les atouts sont réunis pour faire de cette série une référence du manga d’horreur. Il existe déjà un dessin animé, je pense qu’un jeu vidéo devrait faire son apparition d’ici un an ou deux si la série tient ses promesses.