Les années
de Annie Ernaux

critiqué par Bobobea, le 12 mars 2008
( - 43 ans)


La note:  étoiles
J'ai lu pour vous "les années"
Au travers de photos et de souvenirs laissés par les événements, les mots et les choses, Annie Ernaux donne à ressentir le passage des années, de l'après-guerre à aujourd'hui. En même temps, elle inscrit l'existence dans une forme nouvelle d'autobiographie, impersonnelle et collective. Je vous le conseille vivement.
amarcord… 10 étoiles

Annie Ernaux a accompli son devoir de mémoire, depuis sa naissance en 1940 jusqu’à la date de son écriture en 2006, à travers la vie fictive d’une professeure de lettres qui, à sa grande différence, n’a jamais trouvé le temps de se consacrer comme elle le rêvait à l’écriture avant d’atteindre le seuil de la vieillesse. Comme des jalons au fil du temps qui passe, des photographies, voire de petits films la représentent à différentes étapes de sa vie, depuis son plus jeune âge dans sa Normandie natale. Le corps change, en bien comme en mal, les êtres chers apparaissent puis disparaissent au gré des naissances et séparations, des amours et désamours successives. Inventaire d’une vie, mais aussi de tous ces petits riens qui ont fait l’ordinaire de tout un chacun, au cours de ces soixante et six années qui ont vu le monde changer comme jamais auparavant. Slogans publicitaires, modes vestimentaires, façons de s’exprimer, petits et grands événements, allant de la vie quotidienne à la géopolitique, participent à ce joyeux inventaire à la Prévert, sous la plume allègre d’Annie Ernaux. Arrivé en fin d’ouvrage, on se dit qu’il est dommage que l’éditeur n’ait pas prévu quelques pages blanches pour nous permettre de le poursuivre. On aurait aimé y parler de la folie des portables et autres objets connectés, des réseaux sociaux fauteurs de suicides mais aussi des nouvelles routes de la soie tissant leur toile invisible, des catastrophes soi-disant naturelles s’enfilant comme des perles, d’un président américain fou à lier, des prêtres pédophiles, la jacquerie des gilets jaunes, les attentats (toujours), l’essor des religions, sous leur forme la plus sectaire et mortifère, des populismes de tout poil, et la grande frousse des années pandémiques, avec ses hordes de bandits masqués déferlant dans les villes, et la fin des bisous…

Jfp - La Selle en Hermoy (Loiret) - 73 ans - 7 octobre 2021


Le temps retrouvé 9 étoiles

C'est la première fois que je lis un livre de Annie Ernaux et cette découverte me fait regretter de n'avoir pas exploré plus tôt son oeuvre. Car cet ouvrage m'a fortement enthousiasmé. Le talent de l'auteure y est indéniable. En 250 pages, en se basant sur quelques photos, Annie Ernaux évoque plus de 60 ans de l'histoire contemporaine. Elle le fait à la fois d'une manière intime puisqu'elle se réfère à un album de photos personnelles et d'une manière globale, collective, non seulement en retraçant les événements marquants de chaque époque ou de chaque décennie mais en les caractérisant, en en donnant les couleurs, en les faisant ressentir. C'est incroyable comme elle arrive, en quelques pages, à faire ressurgir toute une époque révolue, tout un état d'esprit qui s'est évanoui. Je le perçois d'autant mieux que, à une dizaine d'années près, les années évoquées par Annie Ernaux sont aussi mes années! Cela va du milieu des années 40 jusqu'au milieu des années 2000. Il faut lire ce livre pour mesurer, autant qu'il est possible, combien le monde a changé en si peu de temps. C'est à en avoir le tournis!

Poet75 - Paris - 65 ans - 9 août 2016


Belle réussite littéraire 8 étoiles

Magnifique exercice de biographie individuelle et collective, des années 40 à nos jours. Annie Ernaux parvient à concilier air du temps, sociologie et évènements politiques avec des passages autobiographiques à la troisième personne. Ce livre est puissamment marqué par l'inquiétude du néant, la vanité d'essayer de retenir les choses et les êtres par leur remémoration. Ce récit est tenu tout du long par un sens aigu de la progression inexorable du temps, et il est difficile de ne pas le lire en continu. Je ne crois pas pourtant qu'il soit indispensable d'avoir vécu toutes ces années pour l'apprécier vraiment.

Jmb33 - - 60 ans - 6 novembre 2011


Voyage à travers le temps 9 étoiles

Super les années,
Plein de références sur plusieurs décennies, de la culture en prenant du plaisir grâce à une plume alerte qui remonte le temps en faisant surgir à toutes les pages "la madeleine de Proust" ....
A conserver pour ne pas perdre la mémoire.

Nogui - - 33 ans - 18 août 2010


Déception 6 étoiles

Déception est en effet le mot qui me vient à la plume après la lecture de ce livre. Certes, celui-ci possède un charme certain dans son évocation d'un monde soumis à l'implacable érosion du temps qui passe. Mais je crains que ce charme ne touche guère que les quinqua et sexagénaires de culture française qui y retrouveront une évocation très réussie de leurs années d'enfance et de jeunesse (il est d'ailleurs remarquable, à cet égard, de constater que ce charme n'opère plus beaucoup pour les décennies les plus récentes: l'évocation recourt alors, pour celles-ci, à des rappels du contexte économique et social de ces années plus qu'au parfum subtil qui pouvait se dégager d'une chanson, d'un livre, d'un film des années 50 ou 60).
Je crains fort que ce livre n'éveille que peu de résonnances dans l'esprit des lecteurs de 20 ou 30 ans ou étrangers qui viendraient à le lire. Et cela, peut-être parce que l'expérience singulière et vivante de l'auteur est très peu présente dans ces pages (là où elle transparaît malgré tout l'intérêt se réveille, me semble-t-il). On me dira que telle était bien l'intention d'Annie Ernaux qui définit du reste bien son projet aux pages 250 et 251 du livre (édition Folio): "Ce ne sera pas un travail de remémoration, tel qu'on l'entend généralement, visant à la mise en récit d'une vie, à une explication de soi. Elle ne regardera en elle-même que pour y retrouver le monde, la mémoire et l'imaginaire des jours passés du monde, saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité, la transformation des personnes et du sujet, qu'elle a connus et qui ne sont rien, peut-être, auprès de ceux qu'auront connus sa petite-fille et tous les vivants en 2070. Traquer des sensations déjà là, encore sans nom, comme celle qui la fait écrire."
C'est superbement dit, certes, mais personnellement, je préfère alors me replonger dans le Pérec des "Choses" ou de "Je me souviens".

Guermantes - Bruxelles - 74 ans - 29 avril 2010


Souvenirs universels... 9 étoiles

Au travers de photos et de souvenirs laissés par les évènements, les mots et les choses, Annie Ernaux donne à ressentir le passage des années, de l'après-guerre à aujourd'hui. En même temps, elle inscrit l'existence dans une forme nouvelle d'autobiographie, impersonnelle et collective des plus originale!
Pour nous québécois, les évènements, les personnages sont tous connus, mais les mots, les choses, les souvenirs..., d'une nature ou plutôt d'une culture fort différente,
De toute évidence une écriture sensible, intelligente, universelle!
Une lecture fascinante que j'ai beaucoup appréciée sans connaître auparavant cette auteure.

FranBlan - Montréal, Québec - 79 ans - 21 janvier 2010


Une "marqueuse d'époque" 4 étoiles

Si à peine 20 ans et 20 km nous séparent, je me retrouve complètement dans bon nombre d'événements mais surtout d'expressions, d'attitudes de ces 50 dernières années.
C'est un inventaire très complet que dresse Annie Ernaux; rien ne semble oublié: des personnages illustres aux marques publicitaires, aux objets de consommation...
Mais, comme elle l'écrit elle-même à la fin du livre: "Aucun "je" dans ce qu'elle voit comme une sorte d'autobiographie impersonnelle - mais "on" et "nous"- comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d'avant."
Et c'est bien ce qui m'a le plus dérangé, cette impression, en bannissant la première personne du singulier, de lire un livre documentaire .

Marvic - Normandie - 63 ans - 23 décembre 2009


Un superbe condensé émotionnel de l'histoire contemporaine française 9 étoiles

L'histoire d'une femme, d'une baby-boomeuse, de la Libération à nos jours. Cette femme, c'est l'auteur, le parallélisme des destinées est totalement assumé. Le projet est assez similaire à celui de Jean-Paul Dubois : l'hélice de l'individu qui s'enroule autour de l'hélice de la société pour créer l'ADN de l'air du temps. La seule différence, c'est que l'on remonte plus loin dans le temps. Le dispositif est aussi différent dans le sens où Annie Ernaux raconte son histoire à la troisième personne du singulier et entrecoupe son récit d'arrêts sur images.
Le résultat est fantastique, l'auteur évite à merveille l'écueil de la nostalgie larmoyante ou du "c'était mieux avant". Le tour de force, c'est qu'on a l'impression de revivre des années ... que l'on n'a pas vécu tant la maïeutique de l'imaginaire collectif est réussie. Ce qui fait également la force du récit c'est que l'on trouve écho aux sentiments d'Annie Ernaux, enfant, adolescente ou jeune adulte par delà les générations et/ou les sexes.
Un tour de force à ne pas manquer.

NQuint - Charbonnieres les Bains - 49 ans - 8 septembre 2009


Aux années passées... et surtout à celles à venir... 9 étoiles

Très beau roman qui nous fait vieillir un peu vite en redécouvrant toutes ces années passées... mais quel bonheur de les revivre !

Luange - - 40 ans - 28 juillet 2009


Kaléidoscope 7 étoiles

Je rejoins l’avis de Melany, sans qui j’aurais sans doute arrêté ma lecture au bout de quelques pages. Il faut effectivement s’accrocher, car on se passionne à revivre toutes ces années. Annie Ernaux a fait un remarquable travail de recherche. Au-delà des évènements majeurs, on retrouve une foule d’anecdotes enfouies dans le profond de nos souvenirs : des émissions de radio, des produits à la mode, des chansons… Tout se trouve mêlé dans un kaléidoscope qui se déroule au fil du livre. À recommander chaudement à la génération du papy boom !

Bernard2 - DAX - 72 ans - 27 juin 2009


Petit à petit 7 étoiles

Difficile de s'accrocher durant les 60 premières pages : pas de personnage central, une interminable juxtaposition de faits au fil des pages. Puis, petit à petit, "la mayonnaise prend" et on se laisse emporter par les années qui défilent et les souvenirs qui remontent.

Maylany - - 41 ans - 1 février 2009


les années: témoins de notre passage ici bas. 8 étoiles

Annie Ernaux a voulu retracer les "années" marquantes de sa vie. C'est une biographie allégée : les éléments importants de sa vie sont bien sûr d'ordre privé mais et c'est là tout l'intérêt du livre, l'auteur rappelle les événements historiques qui ont accompagnés ces années là. Annie Ernaux écrit juste et sobre. Le ton est impersonnel, comme détaché; une simple petite phrase mais incisive lui permet de reconstituer un événement historique et le lecteur, touché, se dit : "c'est vrai, ça s'est passé comme çà. je l'ai vécu comme ça!" Plus de quarante ans défilent ainsi, et chacun peut, à son tour, se souvenir ou retrouver la mémoire d'un événement oublié. De l'après guerre à aujourd'hui, le passage des "années" a fait des dégâts dans la vie d'Annie Ernaux, comme dans la notre, mais pas de plainte, pas de nostalgie, juste un sentiment d'urgence face au vieillissement: ne pas oublier. Ce qui compte pour elle désormais: "saisir cette durée qui constitue son passage à une époque donnée, ce temps qui l'a traversée, ce monde qu'elle a enregistré rien qu'en vivant"

Clara33 - - 74 ans - 17 janvier 2009


à la recherche du temps perdu 8 étoiles

A la recherche du temps perdu ou " les années " d "Annie Ernaux
Voilà bien un vrai coup de coeur " bouquins" de cet été : l 'auteure égrène avec nostalgie plus d'un demi siècle de vie dans cette belle autobiographie impersonnelle car écrite à la 3è personne.
Chaque étape de de son parcours est décrite avec des images , photos , icônes de toute cette génération d'après guerre ayant connu les changements politico-
sociaux (guerre froide , Mai 68 , pilule , avortement , années Beauvoir Sartre....) et technologiques ( voiture , télé , portable , internet...)
Elle saisit le temps qui passe avec cette exploration de la mémoire émouvante et nostalgique et nous laisse des tas de madeleine de ce temps perdu..
Un bonheur de lecture

Francesco - Bruxelles - 76 ans - 5 août 2008


page après page tournez la page 3 étoiles

feuilleter un catalogue de souvenirs dont les pages marquées affichent les titres gras d'un évènement particulièrement marquant pour être répertorié à la suite des autres déjà inscrits

pages de photos dentelées, jaunies

sourire aux mots références des années poussiéreuses

avancer contre le temps jusqu'à trouver la tristesse du récit

saveur d'un rôti de boeuf dégusté le dimanche à la sortie de la messe autour d'une table familiale

références cinématographiques, littéraires, rattachées à un détail anecdotique déclencheur d'épanchement lacrymal

suffisance mélodramatique la fin du livre donne dans la caricature d'une suite d'événements organisés par un mauvais monteur, qu'aurait oublié de caler le son et l'image omettant les transitions entre les scènes flash

originale écriture déstructurée comme un long monologue lassif

Bertrand-môgendre - ici et là - 66 ans - 12 avril 2008


Six décennies d'histoire de France. 10 étoiles

J’ai beaucoup aimé ce livre retraçant les 60 dernières années, chacun peut se retrouver dans la narratrice guidée par des photos et des souvenirs. Un récit chronologique sur sa vie, d’enfant, de femme, de mère. J’ai retrouvé des images, des phrases, des publicités que je croyais avoir oubliées et qui m’ont fait rire ou m’ont émues.
On se réapproprie le passé, l’histoire, les années 40 et après guerre avec ses difficultés, sa rigidité, la dureté de la vie, ensuite les années 60-70 avec son vent de liberté, de légèreté, de communication, le début de la société de consommation, sans oublier ses problèmes, l’enfant occupant une part plus importante au point de devenir essentiel et sujet de conversation dans les dîner, (le temps des enfants remplaçait le temps des morts) et depuis la fin des années 80 à nos jours, c’est de nouveau difficile malgré les progrès, la pauvreté s’installe, le RMI, les SDF, le SIDA, la hausse du chômage, la dictature de la consommation et ses paradoxes (« Il était normal que les produits arrivent du monde entier, circulent librement, et que les hommes soient refoulés aux frontières » et aussi « La sollicitude de la grande distribution allait jusqu’à mettre à la disposition des pauvres des rayons de produits en vrac et bas de gamme, sans marque, corned-beef, pâté de foie, qui rappelaient aux nantis la pénurie et l’austérité des anciens pays de l’Est. »

C’est un livre formidable à lire et faire lire pour se souvenir et faire se souvenir

Dudule - Orléans - - ans - 24 mars 2008