Le roi transparent
de Rosa Montero

critiqué par Sentinelle, le 9 mars 2008
(Bruxelles - 54 ans)


La note:  étoiles
Divertissant et instructif
Nous sommes au XIIe siècle, en pleine guerre médiévale dans laquelle les chevaliers, qui ont prêté allégeance à leur seigneur, n'hésitent pas à réquisitionner les serfs du domaine lorsque l'issue de la bataille semble imminente. La famille de Leola, son père, son frère et son fiancé, seront de ceux-là.

Leola parvient à s'enfuir mais son statut de femme l'expose à tous les dangers. Pour survivre, Leola fera ce que d'autres femmes feront à cette époque : se déguiser en homme pour parcourir le monde et dépasser leur condition de femme. Pour cela, elle n'hésite pas à se revêtir de l'armure d'un jeune chevalier tué sur le champ de bataille. Ainsi débute le périple de Leola, qui va apprendre à se battre pour survivre mais également à lire et à écrire. Elle fréquentera au gré de ses rencontres des personnages aussi illustres que la reine Aliénor d'Aquitaine, mère de Richard Cœur de Lion, assistera à deux croisades dont celle des enfants et se laissera séduire par la foi des Cathares pourchassés par la Sainte Inquisition. Elle rencontrera également celle qui deviendra sa compagne de voyage, Nynève, femme rousse qui se prétend fée du savoir et de la connaissance, guérisseuse et un peu sorcière se vantant d'avoir connu Merlin et Arthur, roi des chevaliers de la table ronde. Nynève qui a surtout un regard très lucide sur le monde qui l'entoure…

Rosa Montero nous livre un roman médiéval très divertissant mais également très intéressant à de multiples égards. Roman historique, fantastique, d'aventure, elle s'amuse à redistribuer les cartes selon ses envies. Car si l'auteur maitrise très bien son sujet, elle n'hésite pas à utiliser l'achronie (manière de créer un univers en empruntant à des périodes historiques différentes) au service de la narration : le périple de Léola se déroulant sur vingt-cinq années retrace en réalité certains événements qui s'étendent sur un siècle et demi. Voici donc venu l'époque de l'amour courtois, de l'apparition des premières villes modernes, de la diffusion de la lecture et l'écriture chez les bourgeois et les nobles, de la prépondérance des dames mais également l'époque des joutes entre chevaliers, des guerres perpétuelles au service d'un seigneur, d'un roi, d'une religion ou d'une église, époque où se côtoie un certain raffinement et une grande sauvagerie teintée d'une cruauté répressive féroce.

Mora Montera ne cache pas son admiration pour les Cathares qui osent braver le pouvoir en place, cette église corrompue qui n'hésite pas à marchander les indulgences et qui s'est fortement éloignée des préceptes des premiers chrétiens.

Quant au roi transparent qui donne le titre au roman, il n'apparait qu'en filigrane tout au long du récit dans la mesure où une sorte de malédiction semble frapper celui qui commence à narrer son histoire. Ce n'est qu'à la toute fin du roman que l'auteur nous contera enfin l'histoire complète de ce roi transparent.