Les Paupières
de Yōko Ogawa

critiqué par BMR & MAM, le 2 mars 2008
(Paris - 62 ans)


La note:  étoiles
Un recueil de nouvelles, l'un des meilleurs de Yoko Ogawa
On avait déjà eu l'occasion de parler de la japonaise Yoko Ogawa, avec L'annulaire et plus récemment avec La petite pièce hexagonale.
Revoici la reine de l'étrange avec deux recueils de nouvelles parus simultanément l'an passé : La bénédiction inattendue et Les paupières.
Les nouvelles des paupières mettent en scène des rencontres : un passager dans un avion, une vieille femme qui vend des légumes, un vieux célibataire et une écolière, ou encore une collectionneuse d'odeurs.
Les nouvelles de la bénédiction ont pour thème récurrent l'écriture, et Yoko Ogawa s'y met elle-même en scène : l'une des nouvelles raconte comment l'inspiration lui est venue pour écrire une nouvelle de l'autre recueil et ainsi la boucle est bouclée.
Ces deux recueils qui se reflètent l'un dans l'autre sont tous deux excellents et l'auteure y maîtrise parfaitement l'art de l'étrange, du bizarre, de l'insolite. La moindre des situations banales et quotidiennes prend très vite sous sa plume des allures inquiétantes, sans que l'on sache trop où cela va nous mener.

[...] - Il y a quelqu'un qui nous épie.
- Ce n'est pas grave, disait-il, comme s'il le savait depuis longtemps. C'est le hamster. C'est lui qui nous observe. Il a fallu lui enlever les paupières à cause d'une maladie des yeux, et il ne peut plus les fermer.
Et ses doigts arrivèrent à mes yeux. Ils se promenèrent à loisir sur mes paupières.

Comme si Yoko Ogawa avait l'art et la manière de déceler dans notre quotidien les fissures, les failles entre notre monde et un autre qui se déploit juste à côté, sous les yeux de ceux qui savent regarder, un monde parallèle.
Pendant un moment, le temps d'une petite nouvelle, on oscille ainsi entre deux univers, sans jamais basculer de l'autre côté, mais sans jamais revenir tout à fait intact de notre côté.
Si vous avez déjà la chance de connaître Yoko Ogawa ne manquez pas ces deux recueils.
Sinon, ne ratez pas l'occasion de découvrir à travers ses deux meilleurs bouquins une figure incontournable de la littérature japonaise contemporaine.
Malgré les évidents jeux de miroirs entre les nouvelles de l'un et l'autre, ces deux livres peuvent bien sûr être lus indépendamment l'un de l'autre.
Pour celles et ceux qui aiment jeter un oeil de l'autre côté du miroir comme Alice.
étranges nouvelles, nouvelles de l'étrange… 10 étoiles

Une plongée dans l’univers du bizarre, sous la plume de la célébrissime Yôko Ogawa. Huit nouvelles délicatement ciselées, que n’aurait sans doute pas reniées l’auteur de "Nadja". Le fantastique y côtoie la réalité la plus terre-à-terre, surgissant brusquement au détour d’une rencontre fortuite, d’un voyage vers un pays lointain, d’un élément incongru du quotidien. N’avez-vous jamais vécu cette sensation d’être transporté(e) à l’improviste dans un ailleurs où vous ne reconnaissez plus vos proches, les lieux qui vous sont familiers ? Cela dure en générale quelques secondes, voire fractions de secondes, et il suffit de faire appel à la raison pour se retrouver ici et maintenant. Mais, l’imagination aidant, cela peut donner ces petits chefs-d’œuvre sur lesquels on a aimé au fil du temps et des modes coller des étiquettes : "symbolisme", "surréalisme", "réalisme magique", et aujourd’hui tout un pan de la littérature japonaise contemporaine. Lisez, rêvez, imaginez…

Jfp - La Selle en Hermoy (Loiret) - 73 ans - 12 janvier 2022


Prémices de romans 6 étoiles

Ce recueil de nouvelles fourmille de tonalités connues, textes prometteurs, décalés et à la limite de l’étrange, qui ont donné lieu ensuite à un livre ou à certaines situations qui s’y trouvent.
« C’est difficile de dormir en avion », « Une collection d’odeurs » et « Bakstroke » me rappellent chacune un passage de « Parfum de glace » avec le voisin de siège de la narratrice qui lui raconte une histoire ou la description d’échantillons olfactifs (avec interversion des sexes) ou encore l’enfant champion de natation qui devient incapable de nager (là il est devenu un as des mathématiques). « Les paupières » est une sorte de résumé de « Hôtel Iris ».

D’autres textes n’évoquent pas d’autres références tels « L’art de cultiver les légumes chinois » avec une date qui apparaît mystérieusement sur un calendrier tout comme une vieille dame qui vend des légumes qui n’habite pas là où elle l’a dit ; « Le cours de cuisine » avec une seule élève, interrompu par des techniciens qui font regorger l’évier de tout ce qu’il a reçu pour nettoyer les canalisations ; « Les ovaires de la poétesse » est le récit d’une insomniaque en voyage pour appeler le messager du sommeil ; « Les jumeaux de l’avenue des tilleuls » fait prendre conscience à un père qu’il a envie de voir sa fille.

Des petites touches imperceptibles d’étrangeté jalonnent ces nouvelles qui comportent toutes un zeste de solitude et un autre de fascination pour des choses, des idées ou des personnes.

IF-0814-4262

Isad - - - ans - 4 août 2014


Un recueil de nouvelles sur le sommeil... du lecteur 1 étoiles

L'idée est intéressante: explorer le sommeil, de l'endormissement jusqu'au détachement vers l'inconscient. On parle même d'un hamster sans paupières!

Mais le problème c'est qu'aucune nouvelle n'est intéressante. On s'ennuie, on s'endort avec l'impression d'avoir perdu son temps. Les personnages n'ont aucune psychologie et les histoires sont d'une nullité...

Chez Yoko Ogawa, on ne peut s'attendre à un récit terre à terre. Il y a toujours une atmosphère aérienne qui peut se montrer envoûtante comme ennuyeuse. Dans "Les Paupières" on se fait chier. On attend la fin de chaque nouvelle dans l'espoir que la suivante sera meilleure, en vain.

Pourtant, "L'annulaire" était plutôt bon avec son atmosphère si originale... Serait-ce son seul livre potable?

0,5 étoiles pour le hamster sans paupières.

Ravachol - - 38 ans - 12 décembre 2011


Un énorme cercueil de pierre 8 étoiles

Mes nouvelles préférées ont été : C’est difficile de dormir en avion, L’art de cultiver les légumes chinois, Les ovaires de la poétesse (dans laquelle une jeune femme insomniaque choisit de s’éloigner et de faire provision d’étrangeté afin de trouver un sommeil salvateur) mais surtout Backstroke.

Cela commence par une piscine vide, sorte d’ « énorme cercueil de pierre », vue dans un ancien camp de concentration lors d'une visite effectuée par la narratrice qui dit sa fascination pour les piscines tout en précisant qu’elle ne sait pas nager. Puis vient l’histoire de ce frère qui aspirait à devenir un champion olympique de natation (pour lequel les parents ont fait construire une piscine occupant tout l’espace du jardin et qu’on voit de n’importe pièce de la demeure) et qui, quand il ne nageait pas, se cachait dans les recoins de la maison. Jusqu’au jour où on le surprenne un bras levé, raidi à jamais…

Kinbote - Jumet - 63 ans - 21 août 2008