Hadès Palace
de Francis Berthelot

critiqué par Jean Meurtrier, le 12 octobre 2007
(Tilff - 49 ans)


La note:  étoiles
Ca, c’est Palace
«Hadès Palace» est le sixième opus du cycle «Le rêve du démiurge» qui devrait en comprendre neuf. Les mêmes personnages reviennent de manière récurrente tout au long de cette saga qui se déroule sur la seconde moitié du 20ème siècle. Toutefois, chaque volume peut se lire indépendamment, celui-ci étant d’ailleurs le seul à être paru dans la collection Folio SF.
Début 1979 à Paris, Maxime Algeiba, dit Max-La-Vipère, se produit comme mime-serpent (contorsionniste) dans un petit cabaret perpétuellement au bord de la faillite, le Piano-Strass. Un soir de représentation, Alec Nymos, commissaire culturel du prestigieux Hadès Palace lui propose de se produire dans son établissement. Situé dans le Gers, ce complexe comprenant salles de spectacle, restaurants et chambres d’hôtel constitue une consécration pour tout artiste… tant que celui-ci donne satisfaction. Maxime ne résiste guère longtemps à cette offre plus qu’alléchante.
Arrivé sur place, Max est époustouflé par l’abondance de luxe que confère l’entreprise dirigée par Bran Hadès. Le vertige lié à l’opulence se mêle à un autre malaise que le service médical attribue à l’ancienneté du bâtiment. Pour y remédier, chaque nouvel arrivant est systématiquement soumis à l’injection d’un sérum.
S’il n’est plus physiquement indisposé, Maxime est toujours sujet à une inquiétude latente en raison des questions auxquelles il ne trouve pas de réponse. Par exemple, il ne comprend pas pourquoi tant de gardes armés rodent dans les couloirs, patrouillant sous les ordres de l’inquiétant Rhad Mattéo, le chef de la sécurité. Il apprend que le palace est fractionné en trois cercles, le premier étant celui où il se trouve et le deuxième, consacré au redressement des artistes jugés insatisfaisants, est situé en sous-sol. Que deviennent les malheureux que l’on ne voit jamais revenir du deuxième cercle? A quoi ressemble le troisième dont personne ne parle? Avec l’aide de Sendra, sa partenaire extralucide, et de ses amis Lon et Lys, Maxime tente de mettre à jour le secret de cet étrange lieu qui évoque la «Divine comédie» de Dante.
Le don de soi artistique est au centre de l’œuvre. «Le beau, le vrai, l’extrême» est la devise du Palace. Il est résultera une double opposition entre la philosophie de l’établissement et les convictions de Maxime: l’authentique face au symbolique et la performance face à l’originalité. Chaque artiste forcé de s’adapter risque d’y perdre son âme, et celle du contorsionniste est constituée de deux pôles antagonistes: Dame Vipère et Mr Spleen.
Poète dans l’âme, précis et explicite, Francis Berthelot manie magistralement la plume, c’est indéniable. Par contre la structure du récit aurait gagné à être moins linéaire, plus étoffée. Parallèlement, il apparaît que les phénomènes fantastiques, mystérieux au début, obéissent à des mécanismes logiques que les protagonistes assimilent étonnamment vite. L’enchantement, devenu artificiel, s’en retrouve réduit comme peau de chagrin et c’est malheureusement trop classique dans ce type d’aventure. Peut-être est-il nécessaire de considérer «Hadès Palace» au sein du cycle car, pris isolément, il s’agit d’une lecture certes agréable mais éphémère.