Des femmes remarquables
de Barbara Pym

critiqué par Dirlandaise, le 18 mai 2007
(Québec - 67 ans)


La note:  étoiles
Le thé de Mildred !
Mildred Lathbury mène une vie tout ce qu’il y d’ordinaire. Fille de pasteur, elle habite seule un appartement situé dans un quartier moyen de Londres. Elle partage son temps entre son travail auprès des femmes âgées nécessiteuses et l’entretien de l’église et du presbytère de sa paroisse. Ses meilleurs amis sont bien entendu le pasteur Julian Malory et sa sœur Winifred. Elle a aussi une ancienne compagne de collège Dora Caldicote qui vient passer presque toujours ses vacances chez elle. Une fois par année, Mildred reçoit une invitation de la part du frère de Dora, travaillant dans un ministère quelconque et ayant pour dada de nourrir tous les pigeons qui se perchent sur le rebord de la fenêtre de son bureau. Bref, la vie de Mildred est remplie de thé, de repas pris dans des « self-service » déprimants, de papotages, de médisances et de ragots de paroisse. Mais tout cela va changer le jour où un couple de jeunes mariés vient s’installer dans l’appartement situé en-dessous de chez elle. Mildred fait rapidement la connaissance de Mrs Napier, une jolie blonde exerçant la profession d’anthropologue. Elle attend le retour de son mari, le séduisant Rockingham, en mission en Italie. En attendant, Mrs Napier voit souvent un de ses collègues anthropologue, Everard Bone. Mildred observe, écoute et s’interroge sur le couple Napier jusqu’à l’arrivée du bel officier surnommé Rocky, qu’elle trouvera ma foi très séduisant et dont elle recevra régulièrement la visite pour prendre le thé.

Une autre arrivée provoquera un bouleversement dans la vie de Mildred. Le pasteur Malory dont elle est secrètement amoureuse, décide de louer l’appartement situé à l’étage du presbytère et c’est une jeune veuve de pasteur très séduisante, Mrs Gray, qui s’installe et accapare bientôt Julian Malory d’une façon tout à fait déplacée selon Mildred.

Cette pauvre Mildred se retrouve mêlée bien malgré elle aux péripéties et petits drames qui vont bientôt parsemer la vie des ses connaissances et amis. Elle fait de son mieux pour aider tout son monde à coup de tasses de thé et de compassion.

Un roman savoureux dans le plus pur style de Barbara Pym qui nous emporte dans un tourbillon d’évènements de la vie quotidienne qui fait de la lecture de ce livre un vrai régal !

« Les femmes s’amourachaient de lui mais cela, durait d’ordinaire qu’un mois ou deux. Après cela, on mesurait à quel point en fait il était superficiel. Il s’entichait d’une fille pendant une ou deux semaines, puis la laissait tomber. Nous nous surnommions nous-mêmes les Jouets : de temps à autre, il nous tirait de notre étagère, nous dépoussiérait et nous contemplait, mais il finissait toujours par nous remettre à notre place. »

« Je ferais mieux de m’abstenir de lire des poèmes ce soir et de me contenter d’un livre pieux, voire d’un ouvrage culinaire. Sans doute, ces derniers seraient-ils plus salutaires, vu mon état d’esprit, et je choisis un vieux livre de recettes de cuisine et de conseils ménagers en tout genre. C’est ainsi que je découvris comment soigner les aspidistras et laver les bas de dentelle ou de laine noire et appris qu’un paquet ou une enveloppe scellés au blanc d’œuf ne peuvent être ouverts à la vapeur. Mais je ne parvins pas à imaginer à quoi ce savoir pourrait jamais me servir. »
Cette chère Barbara Pym 9 étoiles

Qu'est-ce que ça fait du bien de lire un bon vieux Barbara Pym. Et celui-ci est assurément un bon cru. Comme toujours, il s'agit d'une jeune femme célibataire, en réalité une trentenaire non-mariée. A-t-elle des vues sur le pasteur non-marié de la paroisse ? Cette jeune femme très admirable est toujours prête à aider les autres, malgré sa vie bien remplie par les ventes de charités, les offices religieux, et bien sur les immanquables thés. Ces thés qu'on prend à toute heure du jour, chaque fois qu'on a besoin d'un petit réconfort ou d'écouter les problèmes des voisins avec une oreille compatissante.

Pourquoi est-ce si bien, pourquoi cela nous met-il du baume sur le cœur et nous rend-il de bonne humeur ? Il y a ce petit quelque chose, cette empathie, cet attachement aux personnages qui fait qu'on partage un bout de vie avec eux. On a l'impression que le personnage "s'auto-analyse", ou est-ce l'auteur qui nous fait un clin d’œil ? Elle se regarde avec une distance, avec un regard d'une tendre bienveillance. Bien sûr, le parallèle avec l'anthropologue ne rate pas : comme dans chaque livre, il y a un anthropologue, dont le métier est d'observer les mœurs de société primitives et qui doit éprouver autant de plaisir que nous à observer cette tranche de vie Londonienne.

Saule - Bruxelles - 57 ans - 21 décembre 2011