Pratique de l'effacement
de Michel Bourçon

critiqué par Sahkti, le 4 mai 2007
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Le chemin vers une fin
Michel Bourçon nous invite à un voyage, entre rêves et désillusion, qui nous mènerait de la vie à la mort et vice-versa. Avec ses textes courts et vifs, au ton juste et fort, l'auteur nous dit la naissance, le premier cri et puis ce parcours immuable qui nous conduit tous vers notre dernier souffle. Mort qui n'est pas une fin en soi, les morts vivent, ils existent, ils sont en nous.
Il y a un côté sombre dans ce livre, un brin de fatalisme et pas mal de réalisme. Le temps est compté, nous ne pourrons rien changer et nous sommes là, nous existons en attendant notre mort. A première vue, on pourrait dire que les mots de Bourçon ne créeront pas le sursaut qui donnerait envie de bien remplir ce temps qui nous est imparti, parce qu'ils sont emplis de gravité et de désillusion. Mais en même temps, il se dégage le message de l'attachement à la vie, plus fort que tout, au point de nous faire redouter l'issue fatale et inéluctable.
C'est un point de vue que j'aime beaucoup, cette lutte silencieuse dont on connaît le vainqueur mais qui vaut vraiment la peine d'être menée.

Rendons également hommage à cette collection Le dé bleu pour la beauté de ses couvertures, une peinture de Anne Cacitti cette fois, mettant toujours en évidence l'essence du recueil.


"les morts s'ennuient sous terre
c'est pourquoi ils s'invitent
dans la mémoire
quand bon leur semble
happent
ce qui s'écroule en nous
quand toute la vie
nous apprenons à tenir
sans eux

pour refaire surface
il faut les voir
bouger en même temps
que nos débris de vie
en tas

les sentir respirer
là-dessous"
(page 94)