Hantises
de Joyce Carol Oates

critiqué par Sahkti, le 3 mai 2007
(Genève - 48 ans)


La note:  étoiles
Destins revus et non-corrigés
Hantises est un recueil de nouvelles de Joyce Carol Oates, précédemment publiées dans divers magazines et journaux américains.
Ces nouvelles ont toutes un fil conducteur: leur étrangeté, entre surréalisme et fantastique. Leur gravité également, elles abordent des sujets douloureux, des souvenirs qui font mal. Chaque narrateur fait un plongeon dans le passé, revit des scènes qui oblige la mémoire à travailler avec tout ce que cela comporte comme dangers et risques d'effondrement des repères.
Une fois de plus, Joyce Carol Oates explore à fond l'âme humaine et ses mécanismes de pensées. Beaucoup de subtilité dans ses lignes et puis ce petit côté étrange, presque palpitant des différentes nouvelles; on frôle le moment où tout pourrait basculer, on attend avec impatience un rebondissement et puis rien, elle laisse au lecteur le soin d'entretenir le mystère et d'imaginer ce qu'il veut, les non-dits sont riches de silences et de significations, c'est bigrement bien mené.
Personnellement, je trouve que Joyce Carol Oates est plus efficace sur le long terme, ses romans permettent de cheminer en compagnie des protagonistes et faire pleinement connaissance avec eux et leur monde. les nouvelles ne permettent pas toujours cette approche en profondeur mais l'auteur se défend malgré tout très bien dans ce domaine et ce recueil peut donner envie à ceux qui ne connaitraient pas encore Joyce Carol Oates de partir à la conquête de son oeuvre si riche et si belle.
Brèves d’outre monde 7 étoiles

Les histoires grotesques de JCO sont inspirées des grands classiques du genre. On reconnait d’ailleurs facilement l’hommage à Henry James dans « Les habitants maudits de la maison de Bly » mettant en scène des parents fantômes qui veillent sur leur progéniture.

Je ne peux pas dire que j’ai ressenti de grands frissons. Ma nouvelle favorite fut « Pauvre bibi » qui a réussi à susciter en moi un attrait morbide grâce une habile omission des détails entourant une créature étrange, au seuil de la mort. Les autres textes sont moyens ou tombent parfois à plat. Il y’a là de très bonnes idées pourtant, par exemple ; cette femme découvrant la version grandeur nature de sa maison de poupée, une chatte persane zombie, et une virée dans une épicerie post-apocalyptique tout à fait dégoûtante.

Les univers et les personnages sont bien rendus, mais cela n’est pas suffisant pour nous impressionner. Surtout, lorsque l’on devine le prochain rebondissement ou bien qu’il ne se présente pas du tout. Néanmoins, la moitié des nouvelles valent la peine d’y jeter un coup d’œil.

Aaro-Benjamin G. - Montréal - 53 ans - 16 décembre 2008