Out
de Natsuo Kirino

critiqué par Pipierre, le 8 avril 2007
( - 64 ans)


La note:  étoiles
Loin de nos repères
On suit ici quatre femmes, au Japon, qui travaillent de nuit dans une fabrique de repas. L'une d'entre elles tuera son mari violent: les autres aideront à la disparition du corps. Mais un faux-accusé décidera de se venger.

Avec des scènes d'une rare violence qui sont traitées avec banalité, et des sentiments assez froids devant des situations extrêmes, on est loin de nos repères.
Que des enfants soient laissés seuls la nuit, qu'on découpe des cadavres en morceaux comme si c'était un travail banal, bref, on est dérouté par la psychologie des personnages.

Si l'histoire nous accroche en début de roman et devient un peu longuette au milieu, la fin revient avec un suspense très intéressant. Cependant la finale nous replongera dans des sentiments d'une perplexité surprenante.
Bref, un roman pas banal.
De la difficulté du découpage.. 5 étoiles

En exergue:
Le chemin du désespoir passe par le refus de toute expérience. Flannery 0'Connor.

Quatre femmes travaillent de nuit dans une usine qui prépare des plateaux repas. Elles ont toutes quatre des personnalités différentes, des contextes familiaux différents également , mais si elles travaillent là , c'est qu'elles ne peuvent guère faire autre chose. Surendettement, exploitation, conjoints absents ou lamentables, enfants muets ou agressifs, aïeule handicapée à charge, le quotidien de ces femmes qui, au travail, se soutiennent mutuellement , nous fait entrer dans un univers qui n'est sans doute pas spécifiquement japonais, mais qui d'emblée donne un assez bon aperçu sociétal. Ceux qui sont encore moins gâtés semblent être les immigrés brésiliens.
Une d'entre elles va brutalement se révolter ...

J'avoue que j'ai eu du mal à lire ce livre et pourtant, il y avait beaucoup d'ingrédients pour faire un bon roman. Le problème, c'est que je ne sais pas pourquoi, alors que le contexte et les personnages me semblaient si intéressants, le récit est tellement plat et sans saveur . On s'ennuie, ou du moins, je me suis ennuyée, c'est bien le comble! Je pense que c'est dû en partie au peu de développement des personnages secondaires ( qui m'intéressaient, les enfants en particulier, il n'y en a pas un pour relever l'autre!) et surtout au style. Et là, je me pose le problème de la traduction, et pourtant les traducteurs semblent , après recherche, avoir traduit beaucoup d'autres auteurs japonais??

Paofaia - Moorea - - ans - 8 janvier 2014


Surprenant 6 étoiles

Ce livre est surprenant et décalé, comme peut l'être la culture japonaise pour un occidental.
Le fil conducteur et l'intrigue sont originaux, et très prenants. par contre beaucoup de longueurs, à la fois intéressantes car elles décrivent le Japon dans son quotidien mais aussi terriblement ennuyeuses.
L'autre surprise est l'ultra violence dans la plume d'un auteur féminin, ce n'est vraiment pas dans nos standards.
Au final, c'est un livre et un auteur étranges, qu'il faut découvrir.

Pierraf - Paimpol - 66 ans - 11 mai 2013


Sushis d'argent ... 9 étoiles

Voilà bien un roman pas banal : Out de la japonaise Natsuo Kirino.
Un polar peut-être. Un polar social assurément.
Impossible à classer, à résumer.
L'histoire de quatre femmes ordinaires.
Quatre femmes très ordinaires qui survivent entre leur travail de nuit dans une fabrique de paniers-repas (les bentos nippons), leurs maris violents ou partis avec la caisse, leur belle-mère grabataire, leurs ados difficiles et leurs soucis d'argent.
L'argent est d'ailleurs au coeur de ce roman social : dépenses, surendettement, appât du gain, prêteurs usuriers, ...
Un roman foisonnant avec toute une galerie de personnages très fouillés (plusieurs points de vue sont alternativement donnés sur cette histoire) qui gravitent autour de ces quatre femmes. Quatre beaux portraits féminins, même si la peinture n'est pas très reluisante.
Quatre collègues qui vont, par la force des choses, s'entraider lorsque l'une d'elles va tuer presqu'accidentellement son mari lors d'une dispute. Il faut l'aider à se débarrasser du corps ...

[...] - Mais qu'est-ce que vous faites ?
Masako se tourna vers elle d'un air excédé.
- On le coupe en morceaux. On a décidé que c'était un travail comme un autre.
- Mais enfin ... c'est pas un travail !
- Si, c'en est un ! décréta Masako pour couper court. Tu as besoin d'argent, tu nous aides.
Ces mots la réveillèrent.
- Vous aider, mais à quoi ?
- On va en faire des petits morceaux qu'on mettra dans des sacs que tu iras jeter.
- Je n'aurai rien d'autre à faire ?
- Non.
- Et ça me rapportera combien ?

Ce qui, 200 pages plus loin, nous vaudra une petite perle comme seuls les japonais savent les pêcher :

[...] Comme les femmes préparent les repas tous les jours, elles sont plus habituées que les hommes à la chair et au sang. Elles savent mieux manier le couteau et mieux traiter les déchets.

CQFD.
Les quatre apprenties charcutières auront bientôt fort à faire : un suspect idéal (il a déjà commis quelques méfaits par le passé) est accusé de la disparition du mari. Mais il n'entend pas se laisser faire et part à la recherche des vraies meurtrières.
On aura compris que Natsuo Kirino ne fait ni dans la dentelle, ni dans le roman à l'eau de rose.
C'est rude, c'est cru (oui, je sais, les sushis ça se mange cru), c'est sans concession.
Une plongée abrupte dans le quotidien du Japon d'aujourd'hui avec juste ce qu'il faut d'intrigue pour nous tenir éveillé pendant ce voyage.
Vraiment un livre à lire pour tous les curieux.

BMR & MAM - Paris - 64 ans - 13 juillet 2008


Peu banal, peu édifiant... 6 étoiles

La critique de Pipierre résume très bien les première impressions que je ressens après avoir enfin réussi à terminer la lecture de cet interminable thriller.
L'histoire est peu banale et dans mon cas, impossible à abandonner, car une certaine fascination s'est emparée de moi dès le début du livre et ne m'a jamais quittée, c'est pourquoi j'ai lu les 300 pages du milieu du livre même si ellles n'apportent rien de plus et le suspense se manifeste enfin aux dernières pages, mais pour aboutir en une finale des plus sordide et bien peu édifiante.
Dommage, les éléments qui auraient pu assurer une lecture beaucoup plus intéressante étaient pourtant bien réels.
Histoire, contexte, personnages..., mais absence totale de développement, qu'une recherche d'effet totalement ratée, en ce qui me concerne.

FranBlan - Montréal, Québec - 82 ans - 22 mai 2008