Paul Veyne, éminent antiquisant, choisit, d'une part, d'unir la Grèce et Rome en une étude unique, et d'autre part, de les étudier par grand thème. La Grèce étant colonisée par Rome, elle fait partie de l'Empire, sur lequel elle conserve une prédominance artistique et intellectuelle, tout en tenant à une place particulière et en portant allégeance à la figure de l'Empereur. Cette colonie se satisfait donc de son statut d'autonomie au sein de Rome, que compense un surclassement culturel.
L'auteur se penche sur l'importance de la partie orientale de l'Empire qui s'exprime en grec, ce méga-Etat s'avérant en réalité bilingue, ce qui prédispose à un divorce en douceur avec l'Occident, les spécificités finissant par l'emportant sur le besoin et le désir d'unité. Puis un nouveau chapitre est consacré à Palmyre, cité-oasis à la place politique et culturelle singulière. Deux chapitres traitent des cultes, de la place des Dieux, de l'évolution spirituelle et rituelle, comme des courants philosophiques sur ces thèmes.
Nous sommes ensuite invités à réfléchir sur la place des Barbares par rapport à l'empire, qui s'y sont installés progressivement, et dans un but de survie économique, ce qui casse les idées reçues sur la question, la chute finale représentant un aboutissement d'un phénomène long et moins brutal que ce que les idées reçues nous ont inculqué. Enfin, nous étudions comment a pris fin l'art gréco-romain, par des choix sélectifs des Empereurs successifs et sous l'influence progressive des Barbares.
Les sociétés, leurs croyances et représentations sont ainsi retracées de manière impressionniste, pour reconstituer l'organisation de la vie publique et des moeurs dans ce vaste territoire. Ce volume qui ne l'est pas moins, d'une longueur de plus de mille pages, en apprend énormément, bat en brèche les clichés et invite à pratiquer l'art de la nuance. Il fait réfléchir sur un art de vivre et un héritage. C'est très intéressant et utile.
Veneziano - Paris - 47 ans - 13 octobre 2019 |