Chambre avec gisant
de Eric Pessan

critiqué par Feint, le 23 mars 2006
( - 61 ans)


La note:  étoiles
Face au mur du silence
Un homme jeune, en pleine santé, en pleine activité - il retape entièrement une maison récemment achetée - marié, père de famille, se couche, dans sa chambre, sans se déchausser, sans donner de raison, pour ne plus se relever. Jamais aucune explication ne sera donnée au lecteur, comme à aucun des personnages - sa femme, ses proches - qui viennent à son chevet et font tourner à vide leur imagination désespérée. Sur un sujet qu'on aurait pu trouver chez Beckett, Eric Pessan parvient à mener jusqu'à son terme un roman qui reste réaliste, forcément intérieur, toujours poignant, faisant preuve à la fois d'une maîtrise rare de la technique et d'une profonde humanité.
L'allongé 10 étoiles

En fermant le livre, j'ai dit à mon chat, qui, devant l'évidence du propos n'a pu qu'opiner du chef : « C'est bon de lire des débuts de romans sans consistance, de les abandonner, d'en ouvrir d'autres en cherchant l'écriture qui, le sujet qui...ça permet d'encore mieux se réjouir quand on en tient un excellent dans la main ! », enfin je l'ai dit plus simplement, je vous le fais avec un peu de fioriture pour essayer de vous accrocher à ce bouquin que je vous recommande vivement.

Dans la famille Effilot je demande le père. Il est dans sa chambre. Malade ? Non, enfin je ne crois pas. Fatigué ? Je n'en sais rien. Si vous pouvez le lui demander ? Ca m'étonnerait qu'il vous réponde, il ne parle plus mais vous pouvez toujours essayer.

Pierre Effilot, jeune, actif, père de famille, décide un jour de s'allonger. Autour de lui, le monde va continuer à s'agiter. Le monde visible (sa femme, ses enfants, le médecin de famille, des amis, des connaissances..). Le monde invisible va apparaître aussi, jusqu'au monde végétal qui continue à vivre sa vie.

C'est détonnant comme bouquin ! Une finesse de propos, que c'en est un régal ! Et une écriture des plus aisée. Pour ma part, je l'ai pris comme un long plaidoyer contre la vie convenue, contre les faux-semblants. Je l'ai pris pour une belle incitation (pour peu que l'on en ait besoin) à être ce que l'on doit être et non pas ce que le monde, les vivants et les morts voudraient que l'on soit... Mais il faudrait des pages pour en parler. Ici, il s'agit juste de vous faire envie.

Feint a parlé de Beckett. Moi je fais deux autres parallèles (puisque je n'ai pas lu Beckett :)). L'un avec « La Métamorphose » de Kafka. L'autre avec un certain « Liquide » de Philippe Annocque.

J'y ai trouvé la même veine de granit, la même pierre qui s'effiloche avec les secondes qui passent.

On parie que vous ne serez pas déçu ?

Chic, un auteur à suivre, j'ai déjà beaucoup de retard : il en a déjà publié au moins une dizaine. Je vous laisse, je file en librairie...

Garance62 - - 61 ans - 30 août 2010