La transmigration de Timothy Archer
de Philip K. Dick

critiqué par Mae West, le 16 février 2006
(Grenoble - 71 ans)


La note:  étoiles
Que sont mes amis devenus ?
>

L'histoire :

On vient d'assassiner John Lennon, les chaînes de radio ne cessent de diffuser des chansons des Beatles : ça tombe mal pour Angel, directrice d'un magasin de disques, qui n'apprécie pas beaucoup ce style de musique, d'autant plus qu'avant de se suicider, son mari avait la manie d'écouter les Beatles sans arrêt .

Son mari, c'était le fils de Timothy Archer, l'évêque de Berkeley, dont sa meilleure amie, Kirsten, était la maîtresse.

Angel se souvient de tous ces gens aujourd'hui disparus, en particulier de Timothy, personnage hors du commun, théologien hérétique qui ne croyait plus en Jésus et qui mourut dans le désert de la mer morte, où il était parti chercher la plante qui donne l'immortalité .

Ce roman est le plus nostalgique et le plus profondément humain que Dick ait écrit ; ça n'a ni la couleur, ni l'odeur, ni le goût de la science-fiction, et pourtant tout le monde croit que c'est de la science-fiction, à cause de son auteur.

Dernier volet posthume de la trilogie divine - qui comme les mousquetaires (ou comme les héros de Siva) sont au nombre de quatre, il a pour narrateur une narratrice : Angel.

Si Horselover Fat, dans "Siva", personnalise la folie de Philip, Angel Archer figure la raison, à l'autre extrémité du spectre : son seul délire consiste à > (activité bénigne typiquement berkeleyenne)

Elle relate scrupuleusement les "miracles" dont elle a été témoin, sans parvenir à y croire tout à fait, avec son honnêteté intellectuelle d'universitaire et son sens du devoir : devoir de mémoire envers ceux qui y ont cru au point d'y laisser leur vie, devoir de vérité envers ceux qui vont plus tard lui survivre.

Elle-même ne sortira pas indemne de cette histoire, malgré son bon sens pragmatique : Comme une blessure profonde elle gardera au fond d'elle-même le sentiment d'avoir assisté, impuissante, à la chute d'êtres aimés sans avoir rien pu faire pour les suivre ni pour les retenir. Elle est restée rivée au sol tandis que les autres s'envolaient vers >.
Mais étaient-ils vraiment "de ce monde" ?

>

Philip K. Dick aurait pu dire, à l'instar de Flaubert pour Madame Bovary : > . Oubien a-t-il donné dans ce roman la vie et la parole à sa soeur jumelle, décédée peu de temps après sa naissance, et dont il porta toute sa vie le deuil ?

Timothy l'évêque, l'ami disparu, s'appelait en réalité Tom Pike et était réellement évêque, théologien et exégète : PKD le mentionne, dans sa préface, comme étant l'inspirateur de la "religion universelle" d' "Au bout du labyrinthe". La découverte des manuscrits "zadokites" (1) a effectivement bouleversé les références de pas mal de théologiens modernes. Les amis de Philip ont réellement existé et sont vraiment morts.



(1) La découverte de l'appartenance du Christ à la secte des Esséniens.

NB. Cette critique avait été postée sous mon patronyme sur une autre site (branchum)