Une femme sans histoires
de Christopher Priest

critiqué par Cuné, le 28 janvier 2006
( - 56 ans)


La note:  étoiles
Une écrivaine à l'heure du thé
Cela commence benoitement avec Alice en narratrice, dont le manuscrit vient d'être saisi par le ministère de l'intérieur sans qu'elle comprenne pourquoi. Exilée depuis peu dans la campagne anglaise, elle a désespérément besoin d'argent, et sa santé tant morale (elle vient de divorcer et est très seule) que physique (sa région subit les retombées d'un accident nucléaire) est au plus bas.
Sa voisine âgée, et sa seule amie dans le coin, est brusquement assassinée.
C'est l'occasion pour Alice de rencontrer son fils, Gordon, dont elle ignorait l'existence, qui en profite pour se transformer en narrateur en alternance de chapitres, avec une bien curieuse perception de la réalité....

Encore un roman extrêmement prenant de Christopher Priest ! L'alternance jamais annoncée des narrateurs, la mise en miroir de la réalité et des fantasmes là encore sans aucun avertissement, les personnalités marquées et bizarroïdes de chacun, tout concours à nous faire passer un excellent moment, à tenter de démêler les fils de ces histoires imbriquées.

Finalement, tout s'explique si on cogite un petit peu, du moins, chaque lecteur pourra se faire sa propre interprétation...

J'ai adoré !
Alice à travers les miroirs 8 étoiles

Au début on s’attache à cette Alice qui vit seule avec son chat (encore une qui n’aimait pas les chats avant d’en avoir un) comme à ces héroïnes solitaires et malmenées par la vie d’une Barbara Pym ou d’une Anita Brookner. Sauf que chez ces auteurs on a jamais vu de nuage radioactif et que les fantasmes restent dans des limites très raisonnables. Bien que Christopher Priest soit principalement connu comme écrivain de science-fiction ce roman n’a guère à voir avec le genre. Les seuls éléments de décalage avec notre monde sont l’incident nucléaire (venu de France, bien entendu…) ainsi qu’un régime policier et une politique culturelle européenne dont on espère qu’ils ne sont pas encore pour demain.

Avec le personnage de Gordon, on pense au principe d’Hitchcock : « Plus réussi est le méchant, meilleure est l’histoire.» Ici, le méchant est très réussi : il est abject. Pourtant les personnages qui se réfugient dans un monde imaginaire suscitent habituellement la sympathie du lecteur. Ce qui est répugnant chez Gordon, ce ne sont pas ses fantasmes sexuels finalement plutôt ordinaires mais sa mentalité fascisante mise très concrètement au service d’un état policier.

L’alternance de réalité et de fantasmes au fil des chapitres est d’autant plus jubilatoire pour le lecteur que tout est fait pour qu’il s’y retrouve tout de même assez facilement , à condition de ne pas relâcher son attention.

Un livre-puzzle très agréable. Petite frustration, j’ai eu l’impression que la dernière réplique donnait à l’histoire un éclairage nouveau que je n’ai pas réussi à décrypter. Si un autre lecteur peut me donner son interprétation…




Malic - - 83 ans - 1 juin 2006