Etre femme sous le IIIème Reich
de Rita Thalmann

critiqué par Mieke Maaike, le 22 décembre 2005
(Bruxelles - 51 ans)


La note:  étoiles
Poulinière et jument de trait
« L’Etat racial n’a pas pour rôle d’élever une colonie d’esthètes pacifistes et de dégénérés. Son idéal n’est ni l’honorable bourgeois ni la vieille fille vertueuse, mais bien l’incarnation arrogante de la force virile et des femmes capables de mettre au monde de vrais hommes » (Mein Kampf). C’est en ces termes qu’Hitler définit la place et le rôle des femmes « racialement conformes à la sélection S.S. ».

Le nazisme se caractérise avant tout par un ordre masculin. Un décret de 1933 évince des postes à responsabilité et de la fonction publique indistinctement les juifs, les adversaires politiques et les femmes. Les femmes sont encouragées à assumer exclusivement le rôle de mère, d'abord par des soutiens financiers. Puis très vite, en raison des moyens de plus en plus limités en priorité affectés aux préparatifs de guerre, ces soutiens financiers seront remplacés par de la propagande, des médailles et des honneurs (par exemple la fête des mères).

L’obsession nataliste et la volonté de doter l’Allemagne d’une population d’une « race supérieure » vont se transformer en oppression croissante à l’égard des femmes. Les femmes « racialement valables » se verront interdire la contraception et les relations avec les hommes de « race non valable ». L’avortement sera puni de la peine de mort pour « atteinte à la force vitale du peuple allemand » si le fœtus est de « race aryenne ». Par contre, l’interdiction de procréer pour les femmes juives se traduit par l’incitation à la contraception, à l’avortement, à la stérilisation, et, plus tard, par des stérilisations massives dans les camps.

Les années suivantes, le manque de main-d’œuvre obligera le régime nazi à inciter les femmes à retourner travailler, en particulier dans les fonctions d’ouvrières non qualifiées, avec un salaire inférieur à celui des hommes et des conditions de travail de plus en plus pénibles. De « poulinières », les femmes deviennent « juments de trait ».

Si l’inégalité entre hommes et femmes est un fondement de l’idéologie nazie, il est un domaine où l’égalité sera de mise : celui de la répression. La traque des opposantes au régime, la déportation des juives et des tziganes et l’organisation des camps de concentration seront élaborées exactement selon le même modèle que pour les hommes…

Cet ouvrage a été écrit en 1981 par Rita Thalmann, fille de déportée, directrice de l’Institut d’Etudes germaniques à l’Université de Tours. Si la condition des Juifs, des soldats, des résistants, et récemment des homosexuels sous le régime nazi a fait l’objet de nombreuses publications, la situation des femmes sous le nazisme est souvent reléguée au second plan par la plupart des historiens. Ce livre contribue à réparer cette lacune. Certains chapitres sont moins intéressants (l’histoire des mouvements féministes jusqu’à 1933 et les états d’âmes de jeunes filles engagées dans les jeunesses hitlériennes), mais cet ouvrage constitue néanmoins une pièce indispensable pour comprendre toute l’horreur du régime nazi.