A l'agité du bocal
de Louis-Ferdinand Céline

critiqué par Jules, le 31 mai 2001
(Bruxelles - 77 ans)


La note:  étoiles
Pour les vrais amateurs
Ce livre commence par la réponse de Céline à une attaque directe de Sartre qui avait écrit dans « les Temps Modernes », en décembre quarante-cinq, que « Si Céline a pu soutenir les thèses socialistes des Nazis, c’est qu'il était payé ».
La réponse de Céline n’est pas triste dans son style.
Ce texte est suivi des « Carnets du cuirassé Destouches » qu'il avait écrit pendant la guerre de quatorze. Il l’avait donné à un de ses amis de guerre et celui-ci ne fit jamais le rapprochement entre Céline et Destouches. Il ne le fit que lorsque Céline publia « D’un château l'autre », il le confiera à un intermédiaire qui le remit à Céline et les deux anciens camarades de combat allaient se revoir.
Viennent ensuite plusieurs préfaces de Céline pour d’autres livres que les siens.
Le dernier texte est un dialogue entre Céline et un certain Darribehaude qui espérait faire un film sur lui et le rencontra à plusieurs reprises. De nombreux sujets sont évoqués et c'est tout l’intérêt de ce document.
Sacré Jean-Baptiste Sartre 8 étoiles

Il est couramment admis que le sieur Destouches se caractérise dans le paysage littéraire français du XXe.s. par son style novateur, teinté d’argot et de tournures hétérodoxes. Le résultat est très souvent remarquable, les chefs d’œuvres que sont le Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit ou la trilogie allemande (D’un château l’autre, Nord et Rigodon) sont là pour en témoigner.
C’est néanmoins dans ses pamphlets que ce style s’exprime avec toute sa force car il permet à l’écrivain d’évacuer les trop-pleins de haine et de ressentiment qui l’habitent. C’est dans ces moments de transe que le lecteur devine terribles que l’inventivité sans bornes de Céline se déchaîne contre l’objet de sa diatribe. La réponse de Céline à Sartre (l’agité du bocal en question) qui l’avait nommément désigné dans Réflexions sur la question juive est savoureuse du début à la fin, elle n’est pas exempte de vulgarité mais parvient tout de même à forcer l’admiration du lecteur : oui, la maestria de Céline est immense, il manie les mots avec un talent que seuls quelques-uns ont su montrer au cours de la longue histoire littéraire française (ce sont Flaubert, Daudet, Bloy)… il est leur héritier dans ses vitupérations et son exaltation. Un beau texte qui est aussi comique, ce qui ne gâche rien… à déconseiller cependant aux sartriens bon teint qui verront leur héros remis à la place qu’il mérite.
Les autres textes contenus dans ce petit recueil (les carnets du cuirassier Destouches, 31, cité d’Antin, Bezons à travers les âges, L’argot est né de la haine, il n’existe plus, et un verbatim de son dernier entretien, donné à deux journalistes) sont moins marquants mais j’en ai tout de même apprécié leur lecture.

Vince92 - Zürich - 44 ans - 6 octobre 2021