Agatha Christie, tome 06 : La nuit qui ne finit pas (version BD)
de Agatha Christie, François Rivière (Scénario), Frank Leclercq (Dessin)

critiqué par Shelton, le 22 novembre 2005
(Chalon-sur-Saône - 68 ans)


La note:  étoiles
Malédiction !
Agatha Christie est une grande romancière, ce n’est ni un scoop ni une banalité que de le dire, et, surtout, ça explique qu’elle ait touché, tout au long de sa carrière, plusieurs genres, le roman policier, bien sûr, le roman d’espionnage, la pièce de théâtre… Mais, nous oublions, parfois, qu’elle a écrit des thrillers, type d’ouvrages que nous croyons trop souvent plus récents. C’est en 1967, qu’elle écrivit La nuit qui ne finit pas, et c’est en 1997 que François Rivière et Frank Leclercq l’adaptèrent en bande dessinée…
Au départ une histoire simple, presque simpliste diraient certains d’entre nous. Une propriété portant le nom mystérieux de « Champ des gitans », à Kingston Bishop, en Angleterre, non loin de Londres… Un homme qui nous raconte l’histoire, à la première personne, et qui rencontre dans ce village une gitane qui lui conseille de fuir :
« Eloignez-vous de ces lieux… car vous n’y rencontrerez que le chagrin… »
Cet homme, Michael, est de basse condition, un chauffeur de riches, qui va tomber amoureux d’une riche héritière… Fenella Goodman… L’amour, le mariage, la construction d’une magnifique propriété sur le Champ des gitans… La belle vie ! Enfin, ce serait la belle vie si Fenella n’avait pas toute une famille de profiteurs et une dame de compagnie un peu trop présente, Gréta…
Pour le reste vous n’aurez qu’à lire vous-mêmes, car un thriller est une narration qui fonctionne essentiellement sur le suspense, donc je ne vais quand même pas vous casser le mécanisme…
Le dessin de Frank Leclercq, très classique, presque ligne claire, colle admirablement bien avec cette histoire… Il crée comme un décalage entre une narration graphique très basique, très jeunesse, et un récit d’une force étonnante, pour adultes en quelque sorte, sans aucune connotation sexuelle (ce que regretterons peut-être certains… mais Agatha Christie reste Agatha Christie même en bande dessinée). François Rivière, de son côté, a su trouver le bon équilibre entre texte et dessin, ellipses et révélations, pour permettre au mécanisme diabolique d’Agatha Christie de fonctionner aussi en bédé, ce qui n’était pas gagné d’avance. En effet, ce n’est pas facile de mettre en dessin un récit dont l’un des mécanismes est d’être écrit à la première personne… En bédé, le «Je» ne rend pas toujours…
Voilà donc une belle bande dessinée pour les amateurs de policiers, d’Agatha Christie et de narration graphique classique…
Ah ! Il semblerait que ce roman n’ait pas encore été critiqué sur le site… Allez, au travail !
Du roman à la BD. 6 étoiles

Je suis de l'avis de Shelton : il était ardu pour Leclercq et Rivière de retranscrire ce roman de Mrs Agatha en BD, et je trouve le résultat assez réussi : les dessins sont soignés, le scénario est fidèle.
Mais comme il ne s'agit pas de l'un des mes Agatha préférés il m'est difficile d'être totalement impartiale sur le travail des scénaristes. Je reprocherai quand même aux auteurs d'avoir "zappé" certaines scènes pourtant essentielles pour mieux cerner la psychologie des personnages (je ne peux pas en dire plus... ;-)!).
Il n'en demeure pas moins que le passage Roman/BD s'est bien effectué, ce qui n'est pas vraiment le cas de 'L'homme au complet marron' qui manque singulèrement de charme en BD. Par contre, l'Affaire Proteroe est une réussite, tout comme certains Arsène Lupin.

Manon - Paris - 35 ans - 26 novembre 2005