Lettres persanes de Charles-Louis de Secondat Montesquieu
Catégorie(s) : Littérature => Francophone

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XVIIIème siècle, en plein milieu des Lumières! Philosophe engagé, Montesquieu nous offre ce grand roman épistolaire, qui ne compte pas moins de 164 lettres, devenu un classique de la littérature française.
Deux trames dans ce roman. D'abord, c'est une sorte de reportage, de carnet de notes de voyageurs persans, Rica et Usbek principalement, venus visiter l'Europe, et qui parlent de ce qu'il voient, ce qu'ils pensent, et qui comparent le monde occidental à l'esprit persan.
Mais c'est aussi une histoire d'amour : pendant son absence, le harem d'Usbek est gardé par ses eunuques. Ses femmes attendent impatiemment son retour, elles le louent, l'adorent, l'adulent. Usbek est un mari exemplaire, aimant et bon.
J'aurais voulu lire ce livre tout en écoutant du Chopin, ou quelque musique reposante : impossible! Cet ouvrage demande selon moi tant de concentration que même le son mélodieux du piano m'empêche de me donner complètement aux Lettres Persanes!
Ce livre est au programme du bac de français (et ce à mon avis depuis l'existence de l'épreuve), et c'est pour cette raison que je l'ai lu. J'ai trouvé le style assez pénible, et ce sont souvent de longues thèses qui apparaissent ; mais malgré tout, le concept du roman épistolaire est intéressant, et j'ai assez apprécié cet ouvrage mêlant ironie, poésie, critique et recherche!
A lire, pour le plaisir de réfléchir!
Les éditions
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Lettres persanes [Texte imprimé] Montesquieu préf. et comment. de Pierre Malandain
de Montesquieu, Charles-Louis de Secondat Malandain, Pierre (Editeur scientifique)
Pocket / Presses pocket (Paris).
ISBN : 9782266082884 ; 4,60 € ; 12/09/1999 ; 383 p. ; Poche -
Lettres persanes [Texte imprimé] Montesquieu préface, commentaires et notes de Georges Gusdorf
de Montesquieu, Charles-Louis de Secondat Gusdorf, Georges (Editeur scientifique)
le Livre de poche / Le Livre de poche
ISBN : 9782253003212 ; 4,00 € ; 01/02/1972 ; 395 p. ; Poche
Les livres liés
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Deux perses à Paris

Critique de Koolasuchus (Laon, Inscrit le 10 décembre 2011, 35 ans) - 26 mai 2016
Le seul élément qui m'a un peu chagriné est la mise de coté des évènements liés au sérail durant la deuxième moitié du livre avant de se rattraper à la toute fin avec un décalage chronologique, c'est un peu dommage. C'est vrai que cela donne plus d'intensité dramatique mais d'un autre côté cela donne l'impression que l'auteur ne voulait pas que ses réflexions soient parasités par l'aspect fictionnel de l'ouvrage alors que c'était justement ce qui me plaisait au début, osciller régulièrement entre les intrigues du sérail et les questionnements d'Usbek. De plus la fin reste un peu abrupte et j'aurais préféré une conclusion un peu moins ouverte.
Il n'en reste pas moins que j'ai beaucoup apprécié cette oeuvre qui est à la croisée de plusieurs genres mais qui se révèle passionnante de bout en bout.
D'une modernité incroyable..

Critique de Darius (Bruxelles, Inscrite le 16 mars 2001, - ans) - 13 août 2012
"Paris est aussi grand qu'Ispahan. Les maisons y sont si hautes qu'on jugerait qu'elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée, et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras... (.)
Depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher personne. il n'y a point de gens au monde qui tirent mieux parti de leur machine que les Français : ils courent, ils volent....Les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux les feraient tomber en syncope... (.) Soit encore qu'on m'éclabousse.... Mais je ne puis pardonner les coups de coude que je reçois régulièrement...(.) Je n'ai pas fait 100 pas que je suis plus brisé que si j'avais fait mille lieues.."
"Le roi de France est le plus puissant prince d'Europe. Il n'a point de mines d'or comme son voisin le roi d'Espagne, mais il a plus de richesse que lui parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. (.) D'ailleurs ce roi est un grand magicien: il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets. il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à les persuader qu'un écu vaut deux, et ils le croient. S'il a une guerre difficle à soutenir et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent et ils sont aussitôt convaincus.."
Mais il y a un autre magicien, plus fort que lui. (.) Ce magicien s'appelle le Pape. Tantôt il lui fait croire que trois ne font qu'un, qu'un pain que l'on mange n'est pas du pain ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin, et mille autres choses de cette espèce..."
A la lecture de ces quelques extraits, on comprend aisément que dès 1722, les lettres persanes furent interdites par l'Eglise..
Une vision ironique de la société française du 18ème siècle

Critique de Elya (Savoie, Inscrite le 22 février 2009, 35 ans) - 1 juin 2012
Et bien miracle, ce mois-ci, j'ai apprécié, et même réussi à finir (il s'agit bien d'un miracle) ma lecture "classique". Comme d'habitude malheureusement, l'histoire n'est pas vraiment au rendez-vous ; il s'agit plus du ressenti et des idées de persans venus découvrir l'Europe que de vraies péripéties. Il y a bien ces vagues amourettes entre Usbek, ce persan qui débarque à Paris, et son sérail, resté dans sa Perse natale. Mais se sera plutôt pour nous l'occasion de découvrir les coutumes musulmanes, le rôle des eunuques, et la place des femmes en orient.
Ce livre a apparemment rencontré un fort succès à l'époque, particulièrement grâce à son exotisme, si l'on en croit la préface de l'édition de 1964. Il me semble qu'il est toujours lu aujourd'hui, mais je ne l'ai pas aimé pour ces raisons. J'ai surtout aimé les descriptions que fait Usbek de la France et de ses habitants, de leurs moeurs totalement différentes des siennes, et de leur royauté ; des descriptions gorgées d'ironie et d'un franc-parler, mais sans véritable jugement. Pas un sujet n'est épargné : économie, politique, société, inégalités, liens sociaux, religion, hérésie, sciences... Le moindre aléa du quotidien est utilisé pour nous décrire la société telle qu'elle lui parait. Parfois, c'est sous forme de conte qu'elle nous apparaît.
C'est bien évidemment un regard assez critique que porte Usbek sur notre pays. Avec des passages qui font bien sourire, comme cet extrait :
"Un nombre infini de maîtres de langues,d'arts et de sciences, enseignent ce qu'ils ne savent pas, et ce talent est bien considérable : car il ne faut pas beaucoup d'esprit pour montrer ce qu'on sait; mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu'on ignore."
Fin et ciselé

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 47 ans) - 26 décembre 2005
J'aime le style de Montesquieu, mais il m'est difficile, quoiqu'il arrive, de lire en écoutant de la musique, surtout du Chopin, qui a besoin d'une attention minimale pour être écoutée, moins que Schubert certes, mais tout de même. Je parle pour moi, bien sûr.
Le plus important reste la critique du régime et des moeurs : la monarchie absolue, héritière du régime féodo-vassalique est pétrie de contradictions et d'inégalités, et est décrit le libertinage plus ou moins caché de l'époque, et l'hypocrisie qui s'attelle autour.
Sur le régime politique, on comprend clairement que l'auteur est libéral et qu'il renie le système qu'il a sous les yeux. Il est probablement plus conservateur sur le plan des moeurs, car il compare la situation française à la polygamie, certes ordonnancée, des Persans.
Intéressant.
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