Ce livre fut édité pour la première fois en 1970, au milieu de la guerre du Viêt-Nam avec toutes ses interrogations, tiré à 10 000 exemplaires, il remporta un tel succès, non démenti depuis lors, qu’aujourd’hui c’est en millions d’exemplaires qu’on le compte !
Que ce livre soit sorti à ce moment n’est sans doute pas un hasard. Les Etats-Unis, et le monde, se dépêtre dans une sale guerre et des mouvements de protestation voient le jour de plus en plus régulièrement. Le monde s’interroge sur la suprématie blanche et surtout sur le bien-fondé de la philosophie WASP qui sévit depuis le Moyen-âge (ce n’est sans doute pas l’exacte nomenclature, mais je trouve que c’est celle qui englobe le plus de pensées et qui, in fine, se rapproche le plus de la vérité). C’est donc tout naturellement que les horreurs commises en Europe, en Afrique, aux Amériques, en Australie, aux Indes ou ailleurs (partout en fait), sous prétexte de colonialisme, d’expansion et de christianisation, remontent à la surface et interpellent deux-trois intellectuels qui trouvèrent le moyen d’alerter l’opinion publique sur notre nature profonde et sur les insanités commises aux siècles passés.
Ce livre sort donc à point nommé et est loin d’être un roman ! C’est une succession de chapitres, reprenant l’histoire de presque chaque tribu d’Amérique du Nord entre 1860 et 1890. On y retrouve ainsi les Apaches et les Sioux, mais aussi les Comanches, les Algonquins, les Cherokees, les Navajos, les Mohave, les Cheyennes, etc, …Bien sûr, cette période marque déjà la fin de la conquête de l’ouest et les Indiens sont plus morts que vifs, éradiqués par l’expansion blanche. Ce recueil reprend donc les étapes du vol des terres et du placement en réserve systématique de chaque peau-rouge foulant le sol américain. De fausses promesses en tromperies, de massacres en trahisons, d’exploitations minières en curée sur les bisons, c’est toute la nation indienne qui s’étiole… et on ne peut même pas dire « petit à petit » tellement fulgurant fut ce génocide.
Alors bien sûr, de nos jours, ce n’est plus une mauvaise surprise, tout ce qui est écrit là est déjà su et connu de tous et tout être « normalement » constitué ne peut que pleurer sur le sort de ces tribus qui ont vu leur paradis terrestre se transformer en enfer en quelques générations, mais malgré tout, aussi grande soit votre culture ou votre connaissance de ces événements, ce livre vous révèlera les détails de la systématisation de l’éradication, de l’incroyable machine à broyer qui a été mise en place et qui, qu’on le veuille ou non, font partie de notre honteuse histoire…
Au risque de me répéter (mais je crois que c’est important), ce n’est pas un roman, ce livre ne se lit pas facilement et ce d’autant plus qu’il est presque totalement dénué d’émotions, c’est un compte-rendu, presque comptable, des événements, il n’y a pas de violon, pas plus qu’il n’y a de jugements ou de réflexions. C’est un descriptif clair et in extenso de ce qui s’est passé, avec le point de vue des indiens en primeur et non pas celui, fourbe et modifié, des blancs. Il en ressort une lecture fastidieuse et fort répétitive des actes commis… mais cela n’empêche malheureusement pas notre imaginaire de s’envoler vers ces plaines herbeuses et d’y voir ces centaines de cadavres de bisons… cela n’empêche pas de voir ces tipis brûlant dans le crépuscule… cela n’empêche pas de voir ces corps abandonnés dans la neige de Wounded Knee… non, cela n’empêche rien… et cela ne rattrape rien !
Honte sur nous !
Pendragon - Liernu - 54 ans - 22 septembre 2009 |